Introduction

Le sourire des Brigands

Nous sommes au cœur du Bocage vendéen, à Saint-Fulgent plus exactement. Petite paroisse rurale située au bord de la route royale qui part de Nantes en direction de la Rochelle. Une route que fit ouvrir Louis XV et qui traversait entre autre Montaigu, Saint-Fulgent et Chantonnay. “Le grand chemin du Roi” où se côtoyaient marchands, routards, rodeurs et même les marins qui transitaient de Nantes à la Rochelle…

C’est donc depuis ce bourg du bocage vendéen que vous allez pouvoir suivre le quotidien d’un des p’tits gars du coin. Cette histoire est en grande partie inspirée de faits réels et rend hommage à travers cet enfant, à toutes les victimes de cette Grand ’Guerre…

Je m’appelle Victor, Victor Monnereau, et en ce 18 mars 1793 j’allais avoir 12 ans.

On dit de moi que je suis doté d’une adresse et d’une intrépidité peu commune. C’est vrai que je fais plus vieux que mon âge et que je ne suis pas le dernier pour tout essayer, tout tenter, tout oser. Mais je pense surtout que j’aime la vie, tout simplement !

Mais laissez-moi vous présenter ma famille… Mon père Jacques, un solide gaillard de 36 ans qui mène sa petite troupe au pas. Peu de place pour l’oisiveté à notre époque, les saisons dictent notre quotidien et le travail des champs et la chasse nous prolongent tranquillement jusqu’aux veillées du soir. Mon père est métayer à la Fontaine et je l’aide dans sa tâche au quotidien avec deux domestiques… le p’tit et le grand commis comme on les surnomme amicalement. Une belle métairie de 40 hectares, perchée dans le nord Bocage. Oh nous n’étions pas riches non, une fois toutes les charges et les salaires des commis payés il restait juste de quoi vivre. Mais ça nous suffisait. Un toit, de quoi manger, une famille et des amis pour toute richesse, sans oublier, un clocher pour nous rassurer.

Ma mère, Marie, 36 ans elle aussi…une vraie mère poule, avenante, rassurante et aimante, même si les témoignages d’affection sont rares chez nous. La mortalité infantile est grande… la peur de s’attacher à la vie affecte ainsi les élans de sentiments partagés et l’émotionnel laisse souvent place à un monde du silence. Je n’ai jamais entendu ma mère me dire « je t’aime », encore moins mon père. Peur de le dire, peur de s’attacher, simple pudeur ? Une chose est sûre malgré tout, de l’amour, il y en avait à revendre dans cette chaumière !

Vient ensuite la petite tribu de frères et sœurs qui anime par leurs cris de joie et parfois de pleurs la quiétude de ce petit coin paisible de campagne vendéenne. Il y a tout d’abord Marie Jeanne, 9 ans, Françoise 7 ans, Jacques 5 ans, Jeanne 2 ans et petit Pierre 6 mois… Du haut de mes 12 ans c’est donc moi l’Homme de la maison après mon père, et à 12 ans, on est déjà taillé pour appréhender la vie.

Mais rien, rien n’aurait pu me préparer à cette vie qui allait être la mienne… Moi, enfant des champs, toujours souriant et volontaire, prêt aussi à faire les 400 coups avec mes proches voisins et meilleurs amis. Nous faisions partie des “gars d’Saint-Fulgent”, toujours disponibles pour un coup de main et pour certain, un coup à boire. Avec les gars de Bazoges, Beaurepaire, Saint-André, Chauché et même les Essarts, il n’était pas rare que l’on se retrouve lors de foires et grands événements religieux pour partager de bons moments. On nous avait éduqué dans l’effort du travail, le respect et le partage, mais jamais, on ne nous avait préparé à ce qui se profilait.

Une enfance volée et une adolescence passée à survivre. J’ai vu tant d’horreurs, tant de massacres. On nous a estampillé d’un nom de hors la loi pour nous discréditer. Du statut d’enfant j’allais endosser celui de brigand. Mon horizon de champs de labours allait se transformer en champs de batailles.

L’agitation est grande autour de nous, les gars se rassemblent, demain la liste sera donnée. Cette fameuse liste qui prendra au cœur de nos villages les hommes les plus forts pour aller combattre une guerre qu’on ne veut pas…Après les impôts, notre soumission à leur religion, ils veulent désormais nos vies…mais leur levée en masse, on n’en veut pas, qu’il aillent la faire leur guerre !

Mon père Jacques m’envoya chercher dans la remise des bâtons de bois bien solides pour les équiper de fourches et de faux verticales. Je me saisis ainsi de 3 bâtons à loups durs comme la roche. A côté de ceux-ci, les 3 bâtons sacrés comme disait mon père…il m’avait souvent raconté cette légende d’une guerrière des temps anciens qui s’était battue pour défendre sa liberté. Yvi était son nom. Aujourd’hui, cette liberté, c’était à nous d’aller la chercher..